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Nous avons simulé les DILICO 2026 du bloc local sur la base du projet de loi de finances pour 2026 déposé par le Gouvernement.

Deux enseignements principaux sont à en tirer :

  1. Un plafonnement massif : 2/3 des EPCI prélevés et près de 3/4 des communes sont au plafond des 2% de recettes réelles de fonctionnement minorées des reversements,
  2. Forte augmentation du nombre de collectivités concernées : L’abaissement des seuils d’éligibilité de l’indice synthétique conduit à un quadruplement du nombre d’ EPCI concernés, et à un quasi doublement des communes concernées.

En synthèse,

  • Pour les communes
202520262026 après reversement 2025
Nombre de communes prélevées1 9243 3443 344
Montant moyen prélevé par commune130k€215k€192k€
Montant moyen prélevé par habitant14,18€26,16€15,68€
Taux de communes au plafond des 2% de recettes8%72%
  • Pour les EPCI
202520262026 après reversement 2025
Nombre d’EPCI prélevés140504504
Montant moyen prélevé par EPCI1781Mk€992k€192k€
Montant moyen prélevé par habitant8,97€9,67€8,22€
Taux de communes au plafond des 2% de recettes0%59%

Le cabinet Exfilo vous met à disposition son analyse du projet de loi de finances pour 2026.

Parmi les mesures de ce projet de loi de finances :

  • Pas de FCTVA pour les EPCI en 2026 !
  • Fin d’éligibilité des dépenses de fonctionnement au FCTVA : dépenses d’entretien de voirie, bâtiments publics, et informatique en nuage,
  • Doublement du DILICO pour 2026, avec un triplement de la part à la charge des communes, et un élargissement de la base pour les EPCI,
  • Mécanisme de conditionnalité du reversement du DILICO 2026 : si et seulement si le taux de croissance des dépenses de fonctionnement et d’investissement est inférieur au taux de croissance du PIB (+1,0% prévu pour 2026)
  • Variables d’ajustements : nouvelle diminution de -24% des FDTP, et de la DCRTP. Pour les communes, la DCRTP diminuerait des 2/3 !
  • Reprise de la hausse des tarifs de la TGAP : +10%/an jusqu’en 2030
  • Evolution des fractions de TVA : aucune croissance à attendre pour 2026, et pour les années suivantes, l’éventuelle progression de la TVA serait amputée de l’indice d’inflation !

N.B.: actualisation au 1er décembre 2025 suite à la publication de l’indice provisoire d’inflation conditionnant l’évolution des valeurs locatives.

Le projet de loi de finances pour 2026 a été publié mardi 14 octobre. En voici les premières mesures concernant les collectivités territoriales, présentées succinctement avant la production de notre traditionnel mémoire d’analyse du PLF.

  • Article 25 : franchise en base de TVA : réintroduction du seuil de franchise à 37 500€, qui permettra aux collectivités de ne pas être assujetties comme avant 2025 si elles ont peu de recettes
  • Article 27 : aménagement de la révision des valeurs locatives des professionnels pour repousser à 2027 l’intégration de la révision sexennale, et report de la révision des valeurs locatives des locaux d’habitation à 2032,
  • Article 31 : DGF : DGF stable, progression DSR-DSU-DNP identiques à 2025 ; Variables d’ajustements : DCRTP -3%, FCTP -24%, compensation FB et CFE des établissements industriels -25%. Répartition des prélèvements (hors compensation établissements industriels FB et CFE), au prorata des recettes réelles de fonctionnement.
  • Article 32 FCTVA : suppression de l’éligibilité du FCTVA sur les dépenses d’entretien des bâtiments publics, de la voirie, des réseaux, et de l’informatique en nuage. Les dépenses éligibles ne sont alors plus que des dépenses d’investissement ; Eligibilité FCTVA des dépenses de concessions d’aménagement pour la part relative aux bâtiments publics. ; FCTVA des EPCI : calculé sur les dépenses N-1 et non plus les dépenses N, seules les communes nouvelles conservent le calcul sur les dépenses N.

Notons qu’il n’est pas pas prévu de mesures d’accompagnement du décalage du FCTVA des EPCI, et que la rédaction de l’article 32 conduit simplement à remplacer l’année « en cours » par l’année « précédente ». Or l’article L.1615-6 CGCT précise au 9ème alinéa du II qu’une même dépense ne peut bénéficier deux fois du FCTVA.

Ainsi en l’état, il n’y aurait pas de FCTVA 2026 des EPCI puisqu’il devrait être calculé sur les dépenses 2025 et que celles-ci ont déjà fait l’objet du FCTVA en 2025 !

Toutefois, l’enveloppe globale du FCTVA pour 2026 est prévue à 7,866Mds€ contre 7,654Mds€ en 2025 : elle ne diminue pas, ce qui est étonnant compte tenu d’une année blanche de FCTVA pour les EPCI. S’agit-il d’une bévue ?

  • Article 33 : maîtrise de la dynamique de la fraction de TVA des collectivités : la dynamique des fractions de TVA aux collectivités sera assise sur le taux d’évolution de la TVA nationale minoré de l’indice d’inflation. L’évolution en résultant ne pourra être négative.
  • Article 65 : suppression de la prise en charge par l’Etat des cotisations salariales des apprentis des collectivités.
  • Article 66 : report de la date limite d’engagement des dépenses pour le nouveau programme de renouvellement urbain NPNRU car trop d’engagement sont inscrits sur l’année 2026 et la trésorerie aurait été négative.
  • Article 72 : DSR : suppression du bonus de 30% des communes en zones FRR France ruralité revitalisation ; perte éligibilité DSR : garantie étalée sur 3 ans au lieu de garantie uniquement l’année suivante,
  • Article 74 : création d’un fonds d’investissement des territoires FIT. Ce fonds agrège et remplace la DETR, DSIL et la dotation politique de la ville. Il sera réservé aux territoires ruraux au sens de l’INSEE et aux communes dont la population en quartier politique de la ville dépasse 10% de leur population. Répartition du fonds par département dans une fourchette de -/+3% du montant de l’année précédente, donc peu de changement pour 2026 sur les masses à répartir par département. le FIT sera réparti par le Préfet, qui pourra de manière exceptionnelle y déroger lorsque des communes non éligibles sollicitent pour des communes ou EPCI qui financent des projets d’un EPCI ou d’une commune éligible, ou pour des conventions entre commune ou EPCI et Etat.
  • Article 75 : DILICO 2025 : suppression de la mention qui prévoyait un reversement dans la limite du montant de la contribution de l’année, donc il y aura reversement non contraint.
  • Article 76 : DILICO 2026 : passage à 2Mds€ du prélèvement (+100%), mais la part revenant aux communes passe de 250M€ en 2025 à 720M€ (+300%) et la part des EPCI passe de 250M€ à 500M€ (+200%). Elargissement de la base : sont concernés par le prélèvement, les communes dont l’indice synthétique est supérieur à 100% de l’indice moyen et non plus 110% de l’indice moyen en 2025, et sont éligibles les EPCI dont l’indice dépasse 80% de l’indice moyen et non plus 110% de l’indice moyen. Le DILICO 2026 sera calculé sur les données DGF 2025 (et non 2026). La part prélevée pour un futur fonds de développement des territoires passe à 20% contre 10% en 2025 : sur le DILICO 2026, 80% du prélèvement sera donc reversé (contre 90% en 2025).

Notons enfin que le reversement du DILICO 2026 sera conditionné au respect par l’ensemble des collectivités territoriales d’une évolution de leurs dépenses réelles de fonctionnement et d’investissement inférieure à la croissance du PIB (prévu à 1,2% pour 2026). Si l’ensemble des dépenses de fonctionnement et d’investissement de l’ensemble des collectivités communes et EPCI dépasse la croissance du PIB, aucun reversement pour l’année donnée. Ceci donnera donc lieu à application pour la première fois à compter de 2027, année post-électorale où les projets d’investissements vont redémarrer. C’est une absence de reversement programmée, a minima pour 2027.

Le Gouvernement a publié les plafonds de dépenses pour le projet de loi de finances pour 2026. Les pages 11 & 12 (cf. lien en bas de l’article) nous éclairent sur les projets du Gouvernement pour les collectivités locales :

  • Effort de 5,3Mds€ demandé aux collectivités territoriales, notamment à partir des mesures évoquées ci-après (les seules citées),
  • Stabilité de la DGF des communes & EPCI, plus d’abondement finançant la progression des dotations de péréquation (DSR/DSU/DNP pour les communes),
  • Maîtrise de la compensation de l’abattement de 50% des valeurs locatives des locaux industriels, sur la taxe foncière et la CFE, pour les communes et les EPCI. Il est évoqué la « maîtrise de la dynamique« , ce qui laisse à penser que la compensation sera figée. Son montant figure sur la page 2 de l’état de vote des taux de votre collectivité, cadre IV.1, points c (taxe foncière bâtie et cotisation foncière des entreprises)
  • Réduction à nouveau des variables d’ajustements (la DCRTP, dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle, les FDTP fonds départementaux de péréquation de la taxe professionnelle),
  • Rétablissement d’une DGF des Régions par ponction sur leur fraction de TVA,
  • FCTVA : « ajustement » du calendrier pour les EPCI, avec un retour au droit commun d’une compensation calculée sur les dépenses N-2 (au lieu d’un remboursement l’année de la dépense pour les EPCI). Ce document ne fournit pas de précisions sur les modalités de glissement d’un FCTVA l’année de la dépense à un FCTVA décalé de 2 ans.

Si cette mesure de « recalage » du calendrier du FCTVA pour les EPCI était adoptée, alors c’est en 2028 que le Fonds de compensation de la TVA (FCTVA, considéré en comptabilité nationale comme une subvention d’investissement et non un remboursement de TVA), sera calculé à partir des dépenses 2026.

Dans l’intermédiaire, que se passera-t-il ? Il devrait bien y avoir bien un versement de FCTVA, mais dont la base de calcul n’est pas encore connue. Cela ne sera probablement pas les montants 2025 figés, compte tenu d’une année 2025 préélectorale où traditionnellement, les investissements sont au plus haut. Et l’année 2026, année électorale, étant plutôt une année d’investissements modérés, donc de FCTVA moins élevé, il paraît difficile à croire que le FCTVA 2026 ne soit pas calculé au plus bas, donc avec les dépenses 2026.

Peut-être ce niveau de FCTVA de 2026 sera-t-il ensuite figé pour les années 2027-2028, lorsque les investissements des collectivités devraient reprendre de plus belle ? Mais dans ce cas, d’une part, quelle économie pour l’Etat en 2026 par rapport à la situation actuelle, et d’autre part, l’Etat rembourserait aux collectivités 3 fois la TVA (2026, 2027 et 2028) que les collectivités auraient acquitté sur leurs dépenses 2026 ? Et quid des communes qui bénéficient d’un FCTVA calculé sur les dépenses d’investissements N-1 ? Cette mesure pourrait-elle être maintenue ?

C’est à croire qu’après l’échec d’une réduction du taux de compensation du FCTVA, s’organise la transformation du FCTVA en une enveloppe figée type DGF …